Test de la Saucony Endorphin Speed 5 après 214 km : confort, plaque nylon, dynamisme, stabilité, pointure, usure et usages conseillés.
Je devais courir quarante-cinq minutes tranquillement. Rien de compliqué : une voie verte, des jambes encore un peu lourdes et aucune séance écrite au propre. Au bout de vingt minutes, j’ai accéléré « juste pour voir ». Puis encore un peu. Le footing facile s’est terminé en progression, avec les trois derniers kilomètres nettement plus rapides que les premiers.
La Saucony Endorphin Speed 5 provoque souvent ce genre de petite entorse au programme. Elle ne te saute pas au visage comme une chaussure carbone très rigide. Elle attend que tu augmentes la cadence, puis tout devient plus net : l’appui, la transition et l’envie de garder le rythme.
Après 214 km, mon avis est clair : c’est une excellente chaussure rapide pour le coureur régulier qui ne veut pas réserver sa paire dynamique aux grands jours. Elle sait faire du seuil, du fractionné long, une sortie progressive et même un footing correct. Elle devient simplement moins pertinente quand tu veux récupérer très lentement.
| Poids officiel | 237 g en version homme |
|---|---|
| Drop | 8 mm, avec 36 mm au talon et 28 mm à l’avant-pied |
| Prix public | 200 € |
| Construction | Mousse PWRRUN PB, plaque nylon semi-rigide et technologie SPEEDROLL |
| Test réalisé | 214 km, 22 sorties, jusqu’à 24,6 km |
| Profil | Homme, 33 ans, 60 kg, foulée neutre, niveau intermédiaire |
| Pointure | 40,5 EU, pour 39 en ville et 40 habituellement en running |
Je cours quatre fois par semaine, généralement entre 38 et 48 km. Ma rotation mélange une chaussure tranquille, une paire légère et cette Speed 5. Je l’ai utilisée pendant un peu plus de quatre mois, sur route à 91 %, avec quelques passages sur piste et chemin compact.
Les 22 sorties couvrent des footings, des blocs au seuil, des 400 m, des fractions longues et une sortie de 24,6 km terminée à allure marathon. J’ai aussi couru sous la pluie, à 4 °C et jusqu’à 28 °C. Autrement dit, elle n’a pas passé son test à attendre sagement le dimanche de course.
Le moment qui la résume le mieux arrive au dix-huitième kilomètre de ma sortie longue. Je relance sur un chemin de halage propre, l’allure descend, mais les jambes ne se crispent pas. La chaussure ne donne pas un coup de pied spectaculaire. Elle rend simplement la transition plus propre.
Mon pied est standard avec un talon plutôt fin. En 40,5, j’ai environ huit millimètres devant le gros orteil. Le talon reste bien en place, le médio-pied est précis et l’avant-pied ne m’a créé ni ampoule ni pression sur les petits orteils.
La languette est fine, mais elle répartit correctement le serrage. J’ai seulement relâché les deux premiers croisements pour laisser davantage de liberté aux orteils. Le double nœud tient toute la sortie et je n’ai pas eu besoin d’un laçage de coureur.
Pour un pied vraiment large, l’essai me paraît indispensable. La version standard n’est pas étroite au point de devenir punitive, mais elle reste conçue pour tenir le pied quand l’allure augmente. Heureusement, Saucony propose aussi une version Wide.
La semelle intermédiaire utilise la mousse PWRRUN PB. Elle se comprime légèrement puis revient vite, sans donner la sensation de s’enfoncer dans un coussin. Au talon, la protection est réelle. À l’avant-pied, le contact devient plus ferme et plus réactif.
La plaque nylon semi-rigide fait toute la différence. Elle structure la foulée sans imposer la raideur d’une plaque carbone. Pendant l’échauffement, je la remarque un peu. Dès que je passe autour de 4 min 45 s/km, elle se fond davantage dans le déroulé.
La technologie SPEEDROLL accentue cette bascule vers l’avant. Le nom sonne très catalogue, mais la sensation est simple : tu poses, la chaussure roule et l’appui suivant arrive vite. La Speed 5 préfère clairement avancer plutôt que rebondir verticalement.
En footing autour de 5 min 30 s/km, elle reste confortable. Elle ne tape pas et ne demande pas une technique parfaite. En revanche, je sens que sa plaque et son rocker attendent autre chose. Pour une récupération après une séance de côtes, je choisis plutôt la Saucony Ride 18, plus calme et plus naturelle à faible allure.
Entre 4 min 45 s et 4 min 05 s/km, la Speed 5 trouve son terrain. Sur trois blocs de dix minutes au seuil, elle maintient facilement la cadence. Sur des répétitions de 800 m à 2 km, elle relance franchement sans me donner l’impression de lutter contre la chaussure.
Sur 10 x 400 m, elle fait encore bien le travail, mais une paire plus basse et légère sera plus agile dans les demi-tours. Sur la sortie longue progressive, elle est excellente : confortable au début, précise quand le rythme monte et suffisamment protectrice au-delà de deux heures.
Pour une chaussure de cette hauteur, la stabilité est rassurante. Le talon est assez large, la mousse ne s’écrase pas de façon désordonnée et la tige tient correctement dans les courbes. Sur une route légèrement bombée, je ne ressens pas de bascule inquiétante.
Le comportement reste meilleur en ligne droite que dans les virages très serrés. Elle accepte les changements d’allure, mais les demi-tours cassent sa fluidité. Ce n’est pas un problème sur route ou voie verte ; c’est simplement moins amusant sur une petite boucle avec beaucoup de relances.
L’accroche est excellente sur bitume sec et bonne sous une pluie régulière. Les bandes blanches humides restent son angle mort : j’y ai senti une petite amorce de glissade. Le chemin compact passe si la surface est propre. Dès que la terre devient grasse, la discussion est terminée.
La mousse présente quelques plis superficiels, rien d’alarmant. Le mesh, la doublure du talon, les œillets et les lacets sont encore en bon état. L’usure se concentre légèrement au talon externe, avec une petite différence entre le pied droit et le pied gauche.
Le rebond est toujours franc. Il est peut-être un peu moins sec qu’aux premières sorties, mais je ne constate ni tassement important ni perte de stabilité. Je l’utiliserais encore pour 300 à 400 km, en surveillant l’adhérence et la sensation sous l’avant-pied.
La couverture de caoutchouc renforcée au talon est une évolution utile. Elle ne rend pas la chaussure indestructible, mais elle protège mieux les zones exposées. Pour conserver son intérêt dynamique, je viserais un remplacement autour de 550 à 650 km selon la foulée et les terrains.
L’ASICS Novablast 6 est plus moelleuse, plus rebondissante et plus agréable à allure lente. La Saucony paraît plus précise, plus dirigée vers l’avant et plus efficace au seuil. Pour courir souvent sans objectif précis, je prends l’ASICS. Pour une séance qui doit finir vite, je prends la Saucony.
L’Adidas Adizero Evo SL offre un rebond plus libre et un caractère plus joueur. La Speed 5 est davantage structurée par sa plaque. Je trouve l’Adidas plus spontanée sur un footing rapide ; la Saucony devient plus convaincante quand les blocs s’allongent.
Face à la Speed 4, la cinquième version me semble un peu plus fluide et mieux protégée au talon. Elle conserve l’identité de la gamme : une chaussure d’entraînement rapide capable de courir en compétition, sans vouloir imiter une supershoe carbone.
Je la recommande à un coureur neutre qui s’entraîne régulièrement et souhaite une paire pour les jours rythmés, les sorties longues actives et les courses. Du 10 km au semi-marathon, son équilibre fonctionne particulièrement bien. Le marathon reste envisageable si tu apprécies un avant-pied assez présent.
Elle peut aussi servir de paire unique à un coureur intermédiaire qui aime naturellement accélérer. Je la conseillerais moins pour débuter, courir uniquement en endurance fondamentale ou rechercher un amorti très doux. Un coureur lourd pourra l’apprécier, mais devra vérifier le chaussant et la stabilité avec sa propre foulée.
La Saucony Endorphin Speed 5 est une chaussure rapide qui sait attendre le bon moment. Elle ne transforme pas chaque footing en séance de laboratoire et ne t’oblige pas à courir sur l’avant-pied. Quand tu accélères, sa mousse, sa plaque nylon et son rocker se mettent simplement à travailler ensemble.
À 200 €, le prix public reste élevé. Autour de 150 à 170 €, le rapport qualité-prix devient bien plus convaincant, car elle peut couvrir l’entraînement rapide et une bonne partie des compétitions. Je la rachèterais pour ce mélange rare : assez sérieuse pour tenir une allure, assez souple pour rentrer tranquillement.
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