Test de la HOKA Mafate 5 après 347 km : amorti, grip Vibram, stabilité, pointure, usure et comportement sur trail long.
La Mafate 5 privilégie la protection, le confort et l’adhérence sur la durée.
Le ciel s’est refermé au bout d’une heure. Pas le petit nuage décoratif qui donne du relief aux photos : une vraie pluie de montagne, froide, régulière, avec des racines qui deviennent brillantes et des pierres qui se mettent à négocier chaque appui. J’étais parti pour une sortie de quatre heures. J’en ai fait un peu plus de cinq.
La HOKA Mafate 5 était exactement à sa place. Lourde ? Oui. Haute ? Impossible de prétendre le contraire. Mais quand les pieds commencent à compter les heures au lieu des kilomètres, cette masse prend un autre sens. Après 347 km, je la vois comme une chaussure de trail longue distance très protectrice, dotée d’une accroche remarquable et d’un amorti qui ne s’écroule pas.
| Poids officiel | 332 g en version homme |
|---|---|
| Drop | 8 mm |
| Prix public | 190 € |
| Semelle | Vibram Megagrip, Traction Lug et crampons de 5 mm |
| Test réalisé | 347 km, 24 sorties, jusqu’à 41,8 km et 5 h 12 |
| Profil | Homme, 44 ans, 73 kg, foulée neutre, niveau expert |
Je cours entre 55 et 75 km par semaine, avec neuf années de trail derrière moi. Mes sorties habituelles vont de douze à trente kilomètres, auxquelles s’ajoutent quelques journées plus longues. J’ai déjà connu plusieurs entorses à la cheville gauche : je remarque donc assez vite quand une chaussure haute commence à jouer avec mes appuis.
La Mafate 5 a passé 91 % de son test sur sentier. Elle a vu du calcaire sec, de la forêt humide, des pistes roulantes, des racines, de la boue légère et un trail local de 32 km. Ma plus longue sortie atteint 41,8 km et 1 650 m de dénivelé positif.
À la fin de cette sortie, mes quadriceps avaient quelques reproches à formuler. Mes plantes de pieds, beaucoup moins. C’est le grand talent de cette chaussure : elle absorbe la répétition des impacts sans devenir molle ou imprécise à chaque pose.
Je prends habituellement du 43 en running. Sur la Mafate 5, le 44 m’offre environ onze millimètres devant le gros orteil et l’espace nécessaire quand le pied gonfle après trois heures. La pointure habituelle m’a semblé trop courte pour enchaîner les descentes.
Le talon est très bien tenu, le médio-pied plus ferme et l’avant suffisamment accueillant pour mon pied standard à légèrement large. La tige demande trois sorties pour s’assouplir. Ensuite, elle épouse mieux le pied sans perdre sa précision.
La semelle intermédiaire combine deux densités, avec une couche supérieure plus souple et réactive. La première sensation est moelleuse, mais le pied ne disparaît pas dans la mousse. Le châssis inférieur garde l’ensemble stable et évite que chaque pierre provoque une déformation désordonnée.
Je note l’amorti 9/10. Il protège très bien le talon et l’avant-pied, y compris après quatre heures. Le rebond est progressif : la Mafate ne te catapulte pas, elle t’aide plutôt à maintenir une foulée régulière lorsque le terrain accepte un vrai déroulé.
Le Rocker Integrity Technology mérite une traduction simple : la chaussure roule volontiers vers l’avant. En montée régulière et sur piste forestière, cette bascule économise un peu de travail. Dans une descente cassante, je sens surtout l’épaisseur de la semelle.
La semelle extérieure utilise du Vibram Megagrip avec des crampons de 5 mm. Je lui donne 9,2/10. Sur roche humide, racines mouillées, terre compacte et gravier, l’accroche est excellente. Pendant une sortie de 22 km sous la pluie, j’ai posé le pied sur une dalle lisse sans raccourcir exagérément ma foulée. La chaussure a tenu.
La limite apparaît dans la boue argileuse profonde. Les crampons mordent, mais le volume de la semelle et la matière collante finissent par alourdir l’ensemble. Sur route, l’adhérence reste correcte, mais le bruit et la rigidité des crampons rappellent très vite que tu t’es trompé de terrain.
Sur une piste roulante ou une grande courbe, la base large est rassurante. Dans les épingles, la Mafate demande davantage d’anticipation. Sur un dévers pierreux, j’ai aussi senti la hauteur tirer légèrement la cheville vers l’extérieur. Rien de dramatique, mais ce n’est pas une chaussure que je conseillerais à un débutant de découvrir directement sur un pierrier.
La HOKA Speedgoat 7 est plus légère, plus précise et plus agréable quand les appuis se succèdent vite. La Mafate 5 protège davantage et conserve mieux le confort au-delà de trois heures. Je choisis la Speedgoat pour une course technique et nerveuse ; la Mafate pour une journée où le mot « longtemps » est écrit en gros sur le programme.
La New Balance Hierro v9 paraît plus naturelle, plus facile sur les portions mixtes et plus agréable lorsqu’un parcours contient de la route. La HOKA est plus agressive sous le pied, plus protectrice et nettement mieux armée sur terrain humide.
Sur une piste forestière, la Mafate 5 accepte une endurance soutenue et même quelques blocs tempo. Le rocker accompagne bien l’allure. Dans une côte raide, ses 332 g se rappellent toutefois à toi. Sur dix répétitions d’une minute, la motricité est excellente, mais chaque relance demande plus d’énergie qu’avec une chaussure plus sobre.
Elle n’est donc pas lente au sens strict. Elle est spécialisée. Plus la sortie s’allonge, plus son compromis devient cohérent. Plus la séance raccourcit, plus son poids ressemble à une mauvaise blague.
La tige rose porte quelques traces et la semelle extérieure montre une usure légère au talon externe. Les crampons restent profonds, les renforts ne se décollent pas et le tissu intérieur du talon est intact. La mousse a perdu un peu de fraîcheur, mais pas sa capacité à protéger.
Je pense pouvoir dépasser 650 km, voire davantage si les sorties restent majoritairement sur terrain naturel. La couverture généreuse de gomme protège bien la semelle et l’usure visible sur les photos reste régulière.
Je la recommande aux traileurs réguliers, de gabarit moyen à lourd, qui cherchent une chaussure confortable pour les sorties longues, les ultras et les terrains variés. Elle convient particulièrement si tes pieds fatiguent avant ton moteur.
Un débutant peut l’utiliser sur sentier roulant, à condition de prendre le temps d’apprivoiser sa hauteur. Je la conseillerais moins à un coureur très léger, à quelqu’un qui manque de stabilité de cheville ou à un amateur de chaussures souples et proches du sol.
La HOKA Mafate 5 est un gros coussin avec des dents, conçu pour les journées qui débordent du calendrier. Elle échange quelques grammes et un peu d’agilité contre une protection constante, un grip remarquable et des pieds encore fréquentables après plusieurs heures.
À 190 €, elle est chère. Autour de 150 à 165 €, son intérêt devient beaucoup plus évident pour préparer un ultra ou accumuler de longues sorties techniques. Je la rachèterais pour cette mission précise. Pas pour faire semblant d’être rapide pendant quarante minutes, mais pour continuer à avancer quand la montagne a décidé de rallonger la journée.
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